Le béton projeté, ou pourquoi une forme libre tient dans le temps
On ne coule pas une forme libre : aucun coffrage ne suit une courbe irrégulière. Le béton est donc projeté sous pression contre le ferraillage. Ce détour technique a une conséquence que le client ne voit jamais — et qui décide de la tenue de l’étanchéité dans le temps.
Le principe
Au lieu d’être coulé dans un moule, le béton est projeté sous pression contre une armature métallique qui a exactement la forme voulue. Le coffrage, c’est le sol lui-même : on terrasse la forme, on monte le ferraillage dedans, et on projette.
Le ferraillage : c’est là que la forme se décide
Avant tout béton, on monte un squelette d’acier — fers à béton et treillis soudés — qui épouse la forme du bassin, courbes comprises. C’est cette étape qui permet le sur-mesure : la forme n’est limitée que par ce que l’acier peut suivre — y compris la pente d’une plage immergée.
Une règle technique compte plus que les autres : le ferraillage doit rester noyé sous une épaisseur suffisante de béton. Cet enrobage protège l’acier de l’eau et de l’air. Insuffisant, l’acier finit par se corroder, gonfler et faire éclater le béton de l’intérieur — un désordre qui apparaît des années plus tard et coûte très cher à reprendre.
La projection : par passes, jamais d’un coup
Le béton est appliqué en passes successives, chaque passe devant avoir commencé sa prise avant que la suivante soit appliquée. On obtient ainsi une paroi monolithique.
Pour un bassin de taille moyenne, la projection elle-même se joue en quelques heures. Ce qui prend du temps, c’est tout ce qui l’entoure : le terrassement avant, les temps de prise et l’étanchéité après.
Voie sèche, voie humide
Deux procédés coexistent. En voie sèche, le mélange arrive sec jusqu’à la lance et l’eau n’est ajoutée qu’à la projection : le béton contient très peu d’eau, ce qui limite le retrait et donc la fissuration au séchage. En voie humide, le béton arrive déjà gâché : la mise en œuvre est plus régulière et moins dépendante du geste du porte-lance, mais le dosage en eau est plus élevé.
Aucune des deux n’est mauvaise. Ce qui compte davantage que le procédé, c’est la régularité des passes, l’enrobage du ferraillage et la qualité de la cure — c’est-à-dire le maintien en humidité de la coque pendant sa prise, un point particulièrement critique quand on projette par forte chaleur.
L’avantage qu’on ne voit pas : l’absence de joints
Une piscine montée en blocs à bancher ou coulée en plusieurs fois comporte des reprises de bétonnage. Ce sont les points faibles de l’ouvrage : c’est presque toujours par là qu’une piscine commence à fuir. Le béton projeté forme une coque monolithique, sans joint de reprise. Le risque structurel n’est pas supprimé, il est déplacé — vers l’étanchéité et les points singuliers.
Ce qui reste à surveiller
Le béton projeté fait la structure, pas l’étanchéité. Celle-ci vient d’un revêtement rapporté : enduit hydrofuge, membrane armée ou finition minérale. Les points sensibles sont toujours les mêmes et méritent l’essentiel de l’attention :
- Les angles rentrants, où le revêtement travaille le plus.
- Les traversées de paroi : skimmers, refoulements, projecteurs, bonde de fond.
- La ligne d’eau, exposée en permanence à l’alternance air/eau.
Un bassin qui vieillit mal, ce n’est presque jamais la structure. C’est l’un de ces trois points.
Comment le vérifier sur un chantier
Le ferraillage est-il maintenu à distance du sol par des cales, et non posé à même la terre ? Les passes sont-elles appliquées progressivement plutôt qu’en une seule couche épaisse ? Le béton en excès est-il évacué au lieu d’être réemployé dans l’ouvrage ? Un chantier propre sur ces trois points est un bon signe. Notre méthode de chantier est détaillée étape par étape.
Un dernier repère, propre aux climats chauds : par forte chaleur, la projection se fait tôt le matin et la coque doit être maintenue humide pendant sa prise. Un béton projeté en plein soleil de juillet, laissé à sécher seul, ne donnera jamais les mêmes résistances.